Cosimo Mirco Magliocca
Photographe
Un regard théâtral d’un Italien à Paris
Cosimo Mirco Magliocca est né dans les Pouilles, une région de l’Italie du sud qui, ça et là, a gardé de sa domination espagnole l’exubérance d’une architecture baroque. De là peut-être est né le goût de ce photographe italien pour la théâtralité, qu’il est venu exprimer en France, à l’instar d’autres illustres compatriotes comme Giorgio Strehler.
Son mode d’expression, la photographie, il l’a affiné au contact du plateau, dans la camaraderie des répétitions et l’effervescence des représentations. Du théâtre et de la photographie, ces deux arts exigeants où l’éphémère joue le rôle principal, où la beauté d’un geste peut s’échapper pour ne plus jamais se reproduire, il réussit à saisir l’insaisissable. Plus qu’un photographe, Cosimo Mirco Magliocca est un poète, qui sait attraper au vol, pour la fixer sur la pellicule, la grâce d’un instant. Ceux qui contemplent ses photographies sans avoir assisté aux spectacles dont elles sont le reflet ressentent non seulement l’atmosphère des planches mais bien plus encore. Car ses photographies sont tout sauf figées : elles vivent, déployant, bien après le spectacle, leurs ramifications imaginatives.
Originaire de la patrie de la commedia dell’arte et de l’opéra, l’art de la scène lui est en quelque sorte consanguin. Mais Italien à Paris, le décalage de l’étranger lui permet de percevoir avec plus d’acuité les particularités du théâtre français, rendant son regard plus pertinent, plus subtil, plus singulier.
En quelques années, l’évidence de son travail a séduit les salles de théâtre françaises les plus prestigieuses : la Comédie-Française ou encore l’Opéra national de Paris et en dernier le Théâtre du Capitole de Toulouse. Dans ces grandes institutions, Cosimo Mirco Magliocca ne devient pas pour autant un photographe de commande. Il reste lui-même : un artiste libre, à l’œil affûté.
Dans chaque cliché, son style est là, subtile alchimie entre classicisme et modernité. Le classicisme d’un peintre italien qui manie avec maestria l’art du clair-obscur, qui déploie un sens inné de la perspective et de la composition. La modernité d’un homme de son temps qui met en valeur lignes graphiques ou jaillissement de la sensualité des corps.
Photographe au service du spectacle, il faut le voir travailler : à l’aise avec tout le monde, des techniciens aux interprètes – comédiens, chanteurs, danseurs –, respectueux de tous, connaissant le prix de l’effort et sachant se faire oublier pour que les artistes livrent à son objectif le meilleur d’eux-mêmes. Les artistes se comprennent.
Isabelle Stibbe